Semelles orthopédiques et course à pied : faut-il vraiment en porter ?
C’est une question qui revient régulièrement chez les coureurs que je rencontre : « Est-ce que je devrais mettre des semelles ? »
Parfois la question arrive après une douleur. Parfois après une analyse de la foulée ou parce qu’un proche en porte avec de bons résultats. Et quelquefois simplement parce que le coureur a entendu qu’il avait les pieds plats, qu’il avait un pied pronateur ou qu’une jambe semblait plus courte que l’autre.
La réponse la plus juste est probablement la moins spectaculaire : cela dépend.
Une semelle orthopédique est avant tout un outil. Elle peut être intéressante dans certaines situations, beaucoup moins dans d’autres. Et surtout, son intérêt ne devrait pas être décidé uniquement à partir de la forme d’un pied.
Une semelle n’a pas forcément vocation à « corriger » votre pied
L’idée selon laquelle il faudrait remettre tous les pieds dans une position idéale est séduisante. Elle donne une explication simple à la douleur et, surtout, une solution immédiatement identifiable.
Mais le corps humain présente naturellement une grande diversité.
Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, avoir un pied plat ou une pronation visible pendant la course n’est pas, en soi, une pathologie. Beaucoup de personnes présentent ces caractéristiques toute leur vie sans qu’elles ne leur posent le moindre problème.
Mettre une semelle simplement parce qu’un pied ne correspond pas à une représentation théorique du « bon pied » mérite donc d’être questionné.
Cela ne veut pas dire qu’une semelle ne sert à rien.
Son intérêt peut justement être ailleurs.
Une orthèse plantaire peut modifier certaines contraintes appliquées au pied ou au membre inférieur. Chez une personne douloureuse, cela peut parfois permettre de rendre une activité plus confortable ou mieux tolérée pendant une période donnée.
On ne cherche alors plus nécessairement à « corriger » une anatomie, mais à trouver une solution adaptée à un problème précis.
Et cette différence de raisonnement est importante.
La vraie question : pourquoi cette semelle, pour ce coureur ?
Imaginons deux coureurs qui présentent exactement le même type de pied.
Le premier court depuis quinze ans, n’a aucune douleur et prépare tranquillement son prochain semi-marathon. Le second souffre depuis plusieurs semaines et ne parvient plus à dépasser trente minutes de course.
Leur morphologie peut être identique. Leur situation ne l’est absolument pas.
Chez le deuxième coureur, il faudra comprendre ce qui s’est passé : évolution de l’entraînement, antécédents, localisation et comportement de la douleur, récupération, chaussures, autres activités physiques… La semelle pourra éventuellement faire partie des options envisagées, mais elle ne devrait pas faire disparaître toutes ces questions.
C’est d’ailleurs un principe que j’aime garder dans la prise en charge d’un coureur : ne pas confondre ce que l’on observe avec ce qui explique réellement son problème.
Et si les semelles me soulagent ?
Alors cette information compte.
En pratique, la réponse individuelle du patient est importante. Si une orthèse permet à un coureur de marcher ou de courir plus confortablement, il n’y a aucune raison d’ignorer ce bénéfice sous prétexte qu’une théorie voudrait qu’il puisse s’en passer.
À l’inverse, porter des semelles depuis plusieurs années ne signifie pas forcément qu’il faudra les conserver toute sa vie.
La situation peut être réévaluée.
Les capacités physiques évoluent, les objectifs changent et les symptômes également. Une aide pertinente à un moment donné ne constitue pas nécessairement une obligation définitive.
C’est aussi pour cela que j’évite les positions trop tranchées sur ce sujet.
Être « pour » ou « contre » les semelles n’a finalement pas beaucoup de sens. La bonne question est plutôt de savoir ce que l’on cherche à obtenir, pourquoi on le cherche et si la solution proposée apporte réellement quelque chose au coureur.
Une semelle peut être utile. Des exercices peuvent être utiles. Une modification de l’entraînement peut être utile. Un changement de chaussure peut parfois l’être aussi.
Et plusieurs de ces éléments peuvent parfaitement être associés.
L’essentiel est de ne pas transformer un outil en réponse universelle.
Le coureur reste au centre de la décision : son histoire, sa douleur, ses capacités, ses sensations et ce qu’il souhaite retrouver. C’est à partir de cet ensemble que l’on peut choisir les outils les plus pertinents, et non l’inverse.
« Chiropracteur à Colomiers, j’accompagne les coureurs présentant des douleurs liées à leur pratique avec une approche individualisée, dans laquelle chaussures, semelles, entraînement et exercices sont considérés comme des outils à adapter à chaque situation. » Thomas LAMY