Pieds plats, pronation : est-ce vraiment un problème pour courir ?

« Vous avez les pieds plats. » « Vous êtes pronateur. » 

 

Pour un coureur qui consulte pour une douleur, ces phrases peuvent rapidement devenir une explication à tout. Le pied s’affaisse vers l’intérieur, le genou suit, les contraintes remontent dans la jambe et la blessure finirait par apparaître. L’explication est séduisante parce qu’elle est simple et facile à visualiser.

La réalité est heureusement plus nuancée.

La pronation est avant tout un mouvement normal du pied. Lorsque nous marchons ou courons, celui-ci s’adapte au sol, se déforme et participe à l’absorption puis à la transmission des forces. Tous les coureurs ne courent pas de la même façon et certains présentent naturellement une pronation plus marquée que d’autres.

De la même manière, nous n’avons pas tous la même morphologie. Certains pieds sont plus plats, d’autres plus creux. Ces différences existent, mais observer un pied plat ou une pronation importante ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’une personne va se blesser.

C’est un point important, car une caractéristique anatomique peut facilement devenir inquiétante lorsqu’elle est présentée comme un défaut.

Un coureur peut avoir les pieds plats depuis toujours, courir plusieurs dizaines de kilomètres chaque semaine et ne présenter aucune douleur. Dans cette situation, pourquoi considérer soudainement cette morphologie comme anormale ?

 

Ce qui compte, c’est le contexte

 

Cela ne signifie pas pour autant que la biomécanique du pied ne présente jamais d’intérêt.

Certains mouvements ou certaines contraintes peuvent participer à une situation douloureuse particulière. Une modification récente de la mécanique du pied, par exemple après une blessure, mérite également d’être prise en compte. Certaines pathologies peuvent enfin conduire temporairement à rechercher davantage de stabilité ou à modifier les contraintes appliquées à une structure.

La nuance est là : un élément biomécanique peut être pertinent chez une personne donnée sans devenir une règle applicable à tous les coureurs.

C’est pour cette raison qu’une analyse ne devrait jamais se limiter à regarder les pieds d’une personne debout ou à observer quelques secondes de course.

Il faut revenir à l’histoire.

Depuis quand la douleur existe-t-elle ? Qu’est-ce qui a changé avant son apparition ? Le volume d’entraînement a-t-il augmenté ? Le coureur a-t-il ajouté de la vitesse ou du dénivelé ? A-t-il changé de chaussures ? Existe-t-il une blessure antérieure ? Comment récupère-t-il ? Et surtout : qu’est-il encore capable de faire aujourd’hui ?

Ces informations permettent de replacer ce que l’on observe dans un ensemble beaucoup plus large.

 

Faut-il alors chercher à corriger sa pronation ?

 

Vous l'aurez bien compris, pas systématiquement.

Vouloir modifier un mouvement uniquement parce qu’il s’éloigne d’un modèle considéré comme idéal n’a pas forcément de sens. Une orthèse plantaire, par exemple, ne transforme pas l’anatomie d’un pied plat et les modifications qu’elle produit sur le mouvement du pied ne sont ni systématiques ni toujours celles que l’on pourrait attendre.

Cela ne signifie pas que les semelles orthopédiques sont inutiles. Elles peuvent avoir leur place dans certaines prises en charge, notamment pour modifier ou répartir temporairement certaines contraintes. Mais leur intérêt dépend du problème rencontré et de la réponse de la personne, pas simplement de l’apparence de son pied.

Il en va de même pour les chaussures, les exercices ou une éventuelle modification de la technique de course : ce sont des outils. Aucun ne constitue une réponse automatique à la pronation.

Finalement, avoir les pieds plats ou voir son pied partir vers l’intérieur lorsque l’on court n’est pas un diagnostic.

Lorsque tout va bien, il n’y a pas nécessairement quelque chose à corriger.

Lorsqu'une douleur apparaît, la question devient différente. Il faut chercher à comprendre pourquoi cette personne, avec son histoire, son entraînement et ses caractéristiques propres, rencontre un problème à ce moment précis.

C’est moins spectaculaire qu’une explication fondée sur un « défaut » à corriger, mais c’est aussi beaucoup plus respectueux de la complexité du coureur.

« Chiropracteur à Colomiers, j’accompagne les coureurs en recherchant les facteurs réellement pertinents dans leur situation, sans considérer systématiquement la pronation ou la morphologie du pied comme une anomalie à corriger. » Thomas LAMY


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