Faut-il changer sa foulée pour mieux courir et éviter les blessures ?
« On m'a dit que je courais mal. »
C'est une phrase que j'entends régulièrement lorsque je discute avec des coureurs. Parfois, c'est un ami qui a observé leur foulée. Parfois, une vidéo sur les réseaux sociaux ou une analyse réalisée sur tapis de course. Le constat est souvent le même : une attaque talon trop marquée, une cadence trop faible, un bassin qui bouge ou des genoux qui rentrent vers l'intérieur.
Et derrière ces observations, une question revient : faut-il modifier sa façon de courir ?
La réponse mérite un peu de réflexion. Parce qu'avant de chercher à changer un mouvement, encore faut-il savoir pourquoi on souhaite le modifier.
Existe-t-il vraiment une bonne façon de courir ?
Lorsque l'on regarde un groupe de coureurs, on remarque rapidement que personne ne court exactement de la même manière.
Certains attaquent le sol avec le talon, d'autres davantage avec le milieu ou l'avant du pied. Les longueurs de foulée varient, tout comme la cadence, les mouvements des bras ou les oscillations du tronc.
Ces différences sont normales.
Notre façon de courir dépend notamment de notre morphologie, de notre expérience, de notre vitesse, de nos capacités physiques et de nos habitudes. Il serait donc assez surprenant qu'une seule technique puisse convenir à tout le monde.
Prenons l'exemple de l'attaque talon, souvent présentée comme un défaut. Elle est pourtant fréquente chez les coureurs, notamment à des vitesses modérées. Et le simple fait de poser le talon en premier ne permet pas de conclure qu'une personne court mal ou qu'elle risque davantage de se blesser.
Il faut distinguer ce que l'on observe de ce que l'on peut réellement en déduire.
Une foulée différente d'un modèle théorique n'est pas nécessairement une foulée problématique.
Modifier sa technique change les contraintes
C'est probablement l'élément le plus important à comprendre.
Lorsqu'on modifie volontairement sa façon de courir, on change la manière dont les forces sont appliquées et réparties dans le corps.
Par exemple, adopter une attaque davantage orientée vers l'avant du pied peut diminuer certaines sollicitations autour du genou, mais augmenter celles exercées sur le mollet et le tendon d'Achille.
De la même manière, augmenter légèrement la cadence, à vitesse identique, peut modifier certains paramètres mécaniques de la foulée.
Ces adaptations peuvent présenter un intérêt dans certaines situations. Elles ne signifient pas pour autant que la nouvelle technique sera systématiquement meilleure.
Une contrainte ne disparaît pas nécessairement lorsqu'on modifie un mouvement. Elle peut simplement être répartie différemment.
C'est particulièrement important lorsqu'un coureur présente déjà une douleur. Chercher à soulager une région du corps en modifiant la foulée peut être pertinent, mais encore faut-il vérifier que les autres structures sont capables de tolérer les nouvelles sollicitations.
Une modification trop importante ou trop rapide peut elle-même devenir une source de difficulté.
Alors, pourquoi analyser la foulée ?
Parce que l'observation du mouvement peut apporter des informations intéressantes, à condition de ne pas lui demander plus qu'elle ne peut nous donner.
Une analyse sur tapis de course permet notamment d'observer la cadence, la longueur des pas, certains mouvements des membres inférieurs ou la manière dont un coureur adapte sa technique à différentes vitesses.
Mais une vidéo ne permet pas, à elle seule, d'identifier la cause d'une blessure.
Elle doit être interprétée à la lumière de l'histoire du coureur.
Depuis quand a-t-il mal ? À quel moment de la séance les symptômes apparaissent-ils ? Son entraînement a-t-il changé ? Quels sont ses antécédents ? Quel est son objectif ? Et surtout, qu'attend-il de cette analyse ?
Un coureur qui prépare son premier 10 kilomètres sans aucune douleur ne présente pas les mêmes besoins qu'un marathonien qui rencontre des problèmes récurrents ou qu'une personne qui souhaite reprendre après plusieurs mois d'arrêt.
L'analyse du mouvement devient alors un outil supplémentaire pour comprendre la situation, et non une recherche systématique de défauts.
Faut-il modifier une foulée qui fonctionne ?
C'est une question que je trouve essentielle.
Lorsqu'un coureur pratique régulièrement, progresse, prend du plaisir et ne présente aucune douleur, pourquoi vouloir nécessairement changer sa technique ?
Il peut bien sûr exister des objectifs de performance ou des raisons spécifiques de travailler certains paramètres. Mais cela doit répondre à une intention précise.
Changer pour se rapprocher d'une foulée jugée plus esthétique ou plus naturelle n'est pas, en soi, une garantie d'amélioration.
À l'inverse, chez un coureur douloureux, certaines modifications ciblées peuvent parfois être intéressantes. L'enjeu consiste alors à identifier ce que l'on souhaite obtenir, à introduire progressivement le changement et à observer la réponse de la personne.
Il n'est pas toujours nécessaire de transformer toute une foulée. Une adaptation relativement modeste peut parfois suffire.
Et dans d'autres situations, il sera beaucoup plus pertinent de travailler sur l'entraînement, la récupération ou les capacités physiques sans modifier la technique de course.
C'est toute la difficulté, mais aussi tout l'intérêt d'une prise en charge individualisée.
Courir est un mouvement complexe que notre corps apprend et adapte au fil du temps. Il n'existe pas une technique parfaite que chacun devrait chercher à reproduire.
Avant de vouloir corriger une foulée, il me semble donc plus utile de comprendre le coureur qui se trouve derrière.
« Chiropracteur à Colomiers, j'accompagne les coureurs dans l'analyse de leur technique de course et de leurs douleurs, en tenant compte de leurs capacités physiques, de leur entraînement et de leurs objectifs. L'analyse de foulée est un outil d'évaluation, pas une recherche systématique de défauts à corriger. » - Thomas LAMY